Pourquoi une chouette apparaît-elle sur les monnaies d’Athènes ?

Le Parthénon en ruines dans une lumière dorée, peint par Frederic Edwin Church en 1871.

Couverture : « Le Parthénon », Frederic Edwin Church, 1871. Cette vue des ruines au XIXe siècle situe notre histoire sur l’Acropole, au-dessus d’Athènes. The Metropolitan Museum of Art, legs de Maria DeWitt Jesup, collection Morris K. Jesup, 1914, inv. 15.30.67. Domaine public, Open Access (CC0). Voir l’œuvre.

Deux grands yeux ronds vous regardent. Un petit corps se tient de profil, les pattes bien posées sur le métal. À côté, quelques feuilles et trois lettres grecques. Il suffit de retourner la pièce pour découvrir un autre regard : celui d’une femme coiffée d’un casque.

Cette femme est Athéna. L’oiseau est sa chouette. Ensemble, ils permettent de reconnaître une monnaie d’Athènes vieille de près de deux mille cinq cents ans.

Pourquoi avoir choisi un si petit animal pour représenter une cité ? La réponse se trouve autant dans les croyances des Athéniens que dans leur manière de faire reconnaître leur argent.

La chouette appartient d’abord à une déesse

Pour les Athéniens, Athéna est la protectrice de la cité. Nous la connaissons souvent comme une déesse de la sagesse, mais ses attributions sont plus vastes : elle veille aussi sur des activités artisanales comme le tissage et le travail du bois. Son casque, sa lance et son équipement rappellent également son caractère guerrier. [1]

La chouette et l’olivier lui sont consacrés. Lorsque ces deux motifs apparaissent sur une monnaie, ils renvoient donc à une figure que les habitants connaissent déjà. Nul besoin d’y faire tenir tout un récit : l’oiseau suffit à évoquer la déesse, et la déesse rappelle la cité.

Ce lien existe aussi en dehors des pièces. Une petite statuette grecque en bronze, datée vers 460 avant notre ère, montre Athéna levant la main. Une chouette y déploie ses ailes, comme si elle allait prendre son envol. La déesse et l’animal sont réunis dans un geste presque familier. [2]

Statuette grecque en bronze représentant Athéna casquée, une chouette aux ailes ouvertes sur sa main levée.
« Athéna faisant envoler sa chouette », artiste grec anonyme, vers 460 avant notre ère. Cette statuette réunit la déesse et son oiseau dans un même geste.
The Metropolitan Museum of Art, Harris Brisbane Dick Fund, 1950, inv. 50.11.1. Domaine public, Open Access (CC0). Voir la notice.

La monnaie condense cette relation. D’un côté, le visage de la protectrice ; de l’autre, l’oiseau qui lui est associé. Les deux faces se répondent.

Une façon de reconnaître Athènes

Les monnaies associant la tête d’Athéna et sa chouette apparaissent à la fin du VIe siècle avant notre ère. Leur date exacte d’introduction reste discutée. Il serait donc trop simple d’affirmer qu’elles ont été créées pour célébrer la naissance de la démocratie : elles pourraient avoir commencé à être frappées sous Hippias, le dernier tyran de la famille des Pisistratides. [3]

Le choix des images affirme en revanche clairement une identité athénienne. La déesse, son oiseau et les lettres qui les accompagnent permettent d’associer la pièce à une cité précise.

Parmi ces monnaies, le tétradrachme occupe une place importante. Son nom désigne une pièce de quatre drachmes. Avec un poids de référence d’environ 17,2 grammes d’argent, il représente une somme destinée aux transactions importantes. Ce n’est pas la petite monnaie de tous les achats quotidiens. [3] [4] [7]

Au Ve siècle, le même couple d’images demeure, avec des variations de dessin. Cette continuité rend la pièce reconnaissable : un visage casqué, une chouette, et l’on retrouve Athènes.

Retournez la pièce : les détails se mettent à parler

Prenons un exemplaire conservé au Metropolitan Museum of Art, daté vers 440–404 avant notre ère. Il mesure seulement 24 millimètres de diamètre. Les photographies agrandies permettent d’y voir ce que l’œil manquerait facilement à cette échelle. [4]

Sur la face portant Athéna, appelée l’avers, observez le casque. Il occupe une grande partie de la surface, au-dessus des mèches qui encadrent le visage. La déesse est représentée de profil, mais son œil paraît presque vu de face. Une boucle d’oreille se distingue également.

Tête d’Athéna de profil, coiffée d’un casque orné, sur un tétradrachme d’argent athénien du Ve siècle avant notre ère.
Tétradrachme d’argent d’Athènes, vers 440–404 avant notre ère, avers. Le casque, les cheveux et la boucle d’oreille composent le visage d’Athéna sur une pièce de 24 mm.
The Metropolitan Museum of Art, legs de Nanette B. Kelekian, 2020, inv. 2021.40.80. Domaine public, Open Access (CC0). Voir la notice.

Au revers, la chouette tourne la tête vers vous tandis que son corps reste de profil. Ce contraste donne au dessin sa présence particulière. Même lorsque les reliefs sont usés, les grands yeux permettent encore de reconnaître l’oiseau.

À droite se trouvent les lettres ΑΘΕ : alpha, thêta, epsilon. Elles abrègent une formule qui signifie « des Athéniens ». Elles ne donnent donc ni le nom de l’animal, ni la valeur de la monnaie : elles désignent la communauté à laquelle la pièce se rattache. [3]

Chouette vue de face, rameau d’olivier et lettres ΑΘΕ au revers d’un tétradrachme d’Athènes.
Le revers du même tétradrachme : la chouette, le rameau d’olivier et les lettres ΑΘΕ. Les deux faces se complètent pour évoquer Athènes.
The Metropolitan Museum of Art, legs de Nanette B. Kelekian, 2020, inv. 2021.40.80. Domaine public, Open Access (CC0). Voir la notice.

À gauche, le rameau d’olivier complète le lien avec Athéna. Regardez aussi le petit croissant près de la tête de la chouette. Sur une surface aussi réduite, il faut parfois revenir plusieurs fois à l’image pour remarquer tous les éléments.

C’est une bonne manière d’aborder une monnaie ancienne : commencer par ce que l’on voit, identifier les figures, puis lire les signes qui les entourent. Une inscription de trois lettres peut apporter autant qu’un grand portrait.

L’olivier, jusque dans les récompenses des athlètes

Le rameau visible à côté de la chouette nous conduit vers un autre objet : une amphore. Quel rapport avec une pièce d’argent ? Tous deux portent des images liées à Athéna et à la vie de la cité.

Lors des grandes fêtes des Panathénées, célébrées en l’honneur de la déesse, les vainqueurs des épreuves recevaient des amphores remplies d’huile d’olive provenant d’oliveraies sacrées. Athéna figurait sur une face du vase ; sur l’autre, une représentation de l’épreuve remportée. [5]

Athéna portant un casque, une lance et un bouclier, peinte en figures noires sur une amphore panathénaïque.
« Amphore panathénaïque », attribuée au peintre d’Euphiletos, vers 530 avant notre ère. L’image d’Athéna ornait aussi les vases d’huile offerts aux vainqueurs des jeux.
The Metropolitan Museum of Art, Rogers Fund, 1914, inv. 14.130.12. Domaine public, Open Access (CC0). Voir la notice.

Sur l’amphore illustrée ici, attribuée au peintre d’Euphiletos et datée vers 530 avant notre ère, la déesse apparaît armée. L’autre face montre des coureurs. La monnaie et le vase n’ont pas la même fonction, mais ils font appel à un univers d’images commun : la protectrice d’Athènes, ses fêtes et son olivier.

Derrière l’oiseau, une richesse très concrète

La chouette attire le regard. L’argent dont la pièce est faite raconte une autre histoire.

Les mines du Laurion, en Attique, constituent une ressource majeure pour Athènes. Leur métal et les revenus qu’elles procurent relient directement l’histoire monétaire aux décisions de la cité. Une pièce à l’effigie d’Athéna appartient ainsi à la fois au monde des images et à celui des moyens matériels du pouvoir. [3] [6]

Une chouette que vous avez peut-être dans votre poche

Cette histoire semble lointaine. Pourtant, il est possible d’en retrouver une image en ouvrant son porte-monnaie.

La face nationale de la pièce grecque d’un euro reprend une chouette inspirée d’un tétradrachme athénien du Ve siècle avant notre ère. La Banque centrale européenne précise cette origine dans sa présentation des monnaies grecques. [7]

Ce n’est évidemment plus la même monnaie, ni le même système de paiement. Mais le choix de ce dessin fait revenir un emblème antique dans un geste toujours ordinaire : tenir une pièce entre ses doigts.

Après avoir reconnu Athéna, lu les trois lettres et remarqué l’olivier, la petite chouette ne paraît plus tout à fait muette. Elle raconte une croyance, une communauté et la richesse sur laquelle celle-ci pouvait s’appuyer.

C’est ce regard qui nourrit mon travail chez CÉRÈS ATELIER. Avant de devenir un bijou, une monnaie a déjà porté des images et traversé des mains. Apprendre à les lire permet de découvrir l’histoire que le métal conserve.

Sources et repères

  1. Colette Hemingway et Seán Hemingway, « Greek Gods and Religious Practices », The Metropolitan Museum of Art, 2003 : attributs d’Athéna et pratiques religieuses.
  2. The Metropolitan Museum of Art, « Bronze statuette of Athena flying her owl », inv. 50.11.1 : relation entre la déesse et son oiseau.
  3. Peter van Alfen, « The First Athenian Owls: Symbols of What Exactly? », American Numismatic Society, 1er mars 2021 : origines du monnayage, inscription et incertitudes chronologiques.
  4. The Metropolitan Museum of Art, « Silver tetradrachm », inv. 2021.40.80 : exemplaire étudié, datation, dimensions et usage des tétradrachmes.
  5. The Metropolitan Museum of Art, « Terracotta Panathenaic prize amphora », inv. 14.130.12 : amphore et récompenses des Panathénées.
  6. Hérodote, Histoires, VII, 144, traduction anglaise d’A. D. Godley, consultée sur LacusCurtius, hébergé par l’Université de Chicago : revenus du Laurion et flotte athénienne.
  7. Banque centrale européenne, « Grèce — Faces nationales des pièces » : origine antique du motif de la pièce d’un euro.

Les cinq illustrations proviennent du Metropolitan Museum of Art. Elles sont signalées « Public Domain » dans les notices et diffusées sous CC0 dans le cadre de son programme Open Access, qui permet leur réutilisation commerciale.

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Pour poursuivre l’histoire… À Athènes, une déesse et son oiseau identifient la cité. Sur les monnaies impériales romaines, un autre visage occupe le premier plan : celui du souverain. Découvrez pourquoi les empereurs romains faisaient graver leur portrait sur les monnaies.

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