Cérès : comment une déesse romaine est devenue le symbole de la République française

Bague Cérès en argent massif réalisée à partir d'une authentique pièce de monnaie française.

Pendant des décennies, des millions de Français ont utilisé une pièce de monnaie représentant une femme coiffée d'épis de blé. Peu connaissaient pourtant son nom. Encore moins son histoire. Cette femme s'appelle Cérès, déesse romaine de l'agriculture, dont le destin allait traverser plus de deux mille ans avant de devenir l'un des symboles de la République française.


Une déesse au cœur de la vie romaine

Statue de Cérès sculptée par Augustin Pajou, représentant la déesse romaine de l'agriculture et des récoltes.

 

Statue de Cérès sculptée par Augustin Pajou, représentant la déesse romaine de l'agriculture et des récoltes.

 

Dans la mythologie romaine, Cérès est la déesse de l'agriculture, des récoltes et de la fertilité.

À une époque où la survie dépend directement des moissons, elle occupe une place essentielle dans la vie quotidienne des Romains. De bonnes récoltes signifient nourriture, prospérité et stabilité. À l'inverse, une mauvaise année peut entraîner famine et troubles.

Les Romains lui rendent régulièrement hommage afin d'obtenir sa protection sur les champs et les cultures.

Son équivalent dans la mythologie grecque est Déméter, dont les légendes seront ensuite reprises et adaptées par les Romains.


Le mythe qui explique les saisons

Sculpture « L'Enlèvement de Proserpine » réalisée par Le Bernin, représentant le mythe de Cérès et de sa fille Proserpine.

L'histoire la plus célèbre de Cérès est celle de sa fille, Proserpine.

Selon la légende, Proserpine est enlevée par Pluton, dieu des Enfers, qui l'emmène dans son royaume.

Accablée par le chagrin, Cérès abandonne les champs et cesse de veiller sur les récoltes. Les terres deviennent stériles, les arbres ne donnent plus de fruits et les hommes commencent à souffrir de la famine.

Face à cette catastrophe, Jupiter intervient et trouve un compromis : Proserpine passera une partie de l'année auprès de sa mère et l'autre dans le royaume des Enfers.

Lorsque Proserpine revient auprès de Cérès, la nature reprend vie. Les fleurs réapparaissent, les arbres bourgeonnent et les récoltes recommencent.

Lorsque vient le moment de repartir, la terre entre dans une période de repos.

Pour les Anciens, cette légende expliquait l'alternance des saisons.


Comment une déesse romaine est-elle devenue le symbole de la République française ?

Barricade dans la rue Soufflot le 24 juin 1848, huile sur toile d’Horace Vernet, vers 1848/1850

Pendant plus de mille ans, Cérès reste une figure connue des artistes, des historiens et des érudits. Son image apparaît dans les sculptures, les peintures et les ouvrages consacrés à l'Antiquité.

Il faut attendre le XIXᵉ siècle pour que son histoire prenne un nouveau tournant.

En février 1848, la monarchie de Juillet est renversée et la Deuxième République est proclamée.

Le nouveau régime souhaite rompre avec les symboles de la royauté. Les portraits des souverains disparaissent des monnaies françaises et il devient nécessaire de choisir une nouvelle figure capable d'incarner la République.

Le choix se porte sur Cérès.

Pourquoi elle ?

Parce qu'elle représente le travail, la terre, l'abondance et la prospérité. Des valeurs qui parlent à une France encore largement rurale.

Plutôt que de représenter un homme politique ou un chef d'État, la République choisit une figure universelle héritée de l'Antiquité.

Le graveur Eugène-André Oudiné reçoit alors la mission de créer cette nouvelle effigie.

Il représente Cérès de profil, coiffée d'une couronne composée d'épis de blé, de feuilles de chêne et de rameaux d'olivier, symboles de l'agriculture, de la force et de la paix.

À partir de 1849, cette représentation apparaît sur plusieurs monnaies françaises et devient rapidement familière à toute une génération.


Une monnaie devenue un symbole

Pièce de 1 franc à l'effigie de Cérès, gravée par Eugène-André Oudiné et mise en circulation sous la Deuxième République à partir de 1849.

Les monnaies à l'effigie de Cérès circuleront pendant plusieurs périodes de l'histoire française.

Encore aujourd'hui, elles séduisent les amateurs de numismatique par la finesse de leur gravure et l'élégance de leur portrait.

Au-delà de leur valeur monétaire, elles témoignent d'un moment important de l'histoire de France : celui où la République choisit de se représenter non pas à travers un souverain, mais au travers d'un symbole inspiré de l'Antiquité.

Chaque détail de cette monnaie raconte une idée.

Les épis rappellent l'abondance.

Le regard tourné vers l'avenir évoque l'espérance.

La couronne souligne l'importance de la terre nourricière.

Une simple pièce de monnaie devient alors un véritable message politique et culturel.


Une histoire qui continue aujourd'hui

Près de deux siècles plus tard, ces monnaies continuent de traverser le temps.

Chez CÉRÈS ATELIER, certaines authentiques pièces à l'effigie de Cérès sont transformées à la main en bagues, dans le respect de leur histoire et de leurs reliefs.

Chaque création conserve les détails qui rendent cette monnaie si reconnaissable tout en lui offrant une nouvelle vie.

Porter une bague Cérès, ce n'est pas seulement porter un bijou.

C'est porter un fragment de l'histoire de France.


Le saviez-vous ?

Peinture « Printemps » de Lawrence Alma-Tadema représentant une procession inspirée des fêtes romaines célébrées en l'honneur de la déesse Cérès.

Le mot « céréales » vient directement du nom latin de la déesse Cérès (Ceres).

Les Romains célébraient chaque année les Cerealia, des fêtes organisées au printemps en son honneur afin de remercier la déesse pour les récoltes passées et de solliciter sa protection pour les moissons à venir.

Plus de deux mille ans plus tard, son nom est toujours présent dans notre langue, sans que nous y prêtions forcément attention.


À découvrir également

Si Cérès fut choisie pour représenter la République en 1848, une autre figure féminine allait quelques décennies plus tard marquer durablement les Français : la Semeuse, imaginée par le graveur Oscar Roty.

Son histoire fera l'objet d'un prochain article.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant leur publication.